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Pourquoi le cost-killing condamne la fonction achats à sa marge de manœuvre

Jean-Luc Petit
Jean-Luc Petit
Spécialiste en recrutement
23 avril 2026 17 min de lecture
Comment faire de la création de valeur achats une véritable stratégie d’entreprise ? Indicateurs, coût total, SRM, résilience, études de cas chiffrées et priorités concrètes pour CPO et Procurement Operations Managers.

Création de valeur achats : transformer la fonction achats en levier stratégique au‑delà du cost killing

Création de valeur achats stratégie : sortir du réflexe cost killing

Accroche : Pour un CPO, la priorité n’est plus de « casser les prix » mais de piloter une performance globale qui protège la marge, la qualité et la résilience de la chaîne d’approvisionnement.

La création de valeur achats comme stratégie centrale commence par un renversement de perspective sur le rôle de la fonction achats. Quand la direction achats reste focalisée sur le prix facial, elle détruit de la valeur entreprise en fragilisant les fournisseurs, en rigidifiant la chaîne de valeur et en dégradant la proposition de valeur pour les clients finaux. Dans cette logique, chaque euro arraché en négociation sans analyse du coût total reporte une dette de performance future sur la chaîne d’approvisionnement et sur les produits services livrés au marché.

Pour un Procurement Operations Manager, la vraie création valeur passe par la maîtrise du coût total d’acquisition, l’intégration des risques et la capacité à sécuriser les activités critiques de l’entreprise. Une stratégie achats mature ne se limite pas à classer les dépenses en achats classe A, B ou C, elle relie chaque euro d’achat à une valeur perçue par le client et à un avantage concurrentiel mesurable sur le marché. C’est cette articulation entre business model, chaîne valeur et gestion des risques qui fait passer la fonction achats du statut de centre de coûts à celui de créateur de valeur client.

Le réflexe de cost killing pur est souvent justifié par la pression court terme sur la trésorerie et par les attentes de la stratégie commerciale. Pourtant, une entreprise offre bien plus qu’un prix bas ; elle propose un produit service, une expérience et des services associés qui reposent sur la solidité de ses fournisseurs et sur la qualité de ses processus d’approvisionnement. Quand la direction achats sacrifie la valeur perçue pour le client au profit d’un gain immédiat, elle affaiblit la proposition valeur globale et compromet la création entreprise sur ses nouveaux marchés.

La création de valeur achats stratégie impose donc de revisiter la relation avec les fournisseurs comme un actif stratégique et non comme une simple variable d’ajustement. Un panel de fournisseurs alignés sur la proposition de valeur de l’entreprise permet de co construire des produits services différenciants, de réduire le coût total sur le cycle de vie et de renforcer la résilience de la chaîne de valeur. Dans cette approche, la fonction achats pilote un véritable projet de création de valeur entreprise, où chaque contrat devient un levier de performance partagée plutôt qu’un bras de fer sur le prix unitaire.

Pour ancrer cette transformation, il faut aussi faire évoluer les processus internes et la formation des équipes achats. Les activités de sourcing, de gestion des contrats et de suivi de la performance doivent intégrer systématiquement des indicateurs de valeur client, de valeur perçue et de valeur entreprise, au même titre que les KPI de coûts. C’est en reliant ces métriques à la stratégie commerciale et au business model que la création valeur devient un langage commun entre la direction achats, la finance et les directions opérationnelles.

3 leviers concrets pour dépasser le cost killing

  • Remplacer le pilotage par le prix unitaire par une logique de coût total d’acquisition et de gestion des risques.
  • Traiter les fournisseurs clés comme des partenaires de performance et d’innovation, pas comme de simples variables d’ajustement.
  • Aligner les KPI achats sur la valeur perçue par le client et la stratégie commerciale, en les partageant avec la finance et les opérations.

De la réduction des coûts à la grammaire de la valeur mesurée

Accroche : Dans un contexte inflationniste, la discipline budgétaire reste indispensable, mais elle doit être encadrée par une grammaire de la valeur qui éclaire chaque arbitrage de dépenses.

Le contexte inflationniste et les défaillances de fournisseurs poussent naturellement les entreprises vers des plans de réduction de coûts agressifs. Pourtant, la création de valeur achats stratégie ne consiste pas à nier cette pression, mais à lui donner une grammaire de valeur structurée qui dépasse le simple prix d’achat. Pour un Procurement Operations Manager, la question n’est plus « combien je réduis » mais « quelle valeur client et quelle valeur entreprise je préserve ou j’augmente en réduisant le coût total ».

La bonne pratique consiste à basculer d’une logique de prix unitaire à une logique de coût total de possession, en intégrant qualité, logistique, risques et externalités. Un achat peut sembler compétitif en apparence, mais générer des surcoûts massifs en non qualité, en retards d’approvisionnement ou en services après vente, ce qui détruit la valeur perçue par les clients et fragilise la proposition valeur de l’entreprise. En travaillant sur le coût total avec les fournisseurs, la direction achats transforme chaque négociation en levier de création valeur plutôt qu’en simple compression de marges.

Cette grammaire de la valeur doit être traduite dans les processus de gestion et dans les outils de pilotage budgétaire. L’utilisation d’un rolling forecast appliqué aux achats, par exemple, permet de relier en continu les décisions d’approvisionnement, les volumes de produits services et les objectifs de stratégie commerciale sur chaque marché. Un Procurement Operations Manager peut ainsi s’appuyer sur une approche de rolling forecast pour optimiser la gestion des achats et documenter l’impact de chaque scénario sur la valeur client et sur la performance globale de l’entreprise.

Pour que cette approche soit crédible, il faut aussi revisiter la manière de segmenter les achats et les fournisseurs. La notion d’achats classe stratégique ne doit pas seulement reposer sur le volume de dépenses, mais sur la contribution à la proposition de valeur et au business model de l’entreprise. Un fournisseur de produit service critique pour la différenciation sur un marché clé peut peser moins en montant, mais beaucoup plus en avantage concurrentiel et en gestion des risques supply chain.

Enfin, la grammaire de la valeur doit irriguer la formation des équipes et les rituels de pilotage avec les métiers. Les acheteurs doivent être capables de parler valeur proposition, valeur client et valeur entreprise avec les responsables de la stratégie commerciale, du marketing et des opérations, en s’appuyant sur des données factuelles. C’est cette capacité à traduire les décisions d’achat en impact mesurable sur la chaîne de valeur qui crédibilise la fonction achats au niveau du comité de direction et ancre durablement la création de valeur achats comme stratégie d’entreprise.

3 actions pour structurer la « grammaire de la valeur »

  • Généraliser l’analyse du coût total de possession dans les cahiers des charges et les négociations.
  • Mettre en place un rolling forecast achats relié aux prévisions commerciales et aux scénarios de risques.
  • Segmenter les fournisseurs selon leur contribution à la proposition de valeur, et pas uniquement selon le volume dépensé.

Mesurer la création de valeur achats : indicateurs, cash et résilience

Accroche : Sans indicateurs robustes, la contribution stratégique des achats reste invisible ; avec un tableau de bord complet, elle devient un argument chiffré au comité de direction.

Sans mesure robuste, la création de valeur achats stratégie reste un slogan qui ne pèse pas face aux tableaux de bord financiers classiques. Le Procurement Operations Manager doit donc construire un système d’indicateurs qui relie directement les décisions d’achat à la performance économique, à la résilience de la chaîne de valeur et à la satisfaction des clients. Cette mesure doit couvrir à la fois le coût total, la gestion des risques, l’innovation fournisseurs et l’impact sur les produits services livrés au marché.

Un premier pilier consiste à suivre le coût total de possession par famille d’achat, en intégrant les coûts d’approvisionnement, de non qualité, de logistique et de fin de vie des produits. Ce suivi permet de démontrer qu’une stratégie achats orientée valeur peut réduire le coût total tout en améliorant la valeur perçue par le client, grâce à des spécifications mieux définies, des services associés optimisés et une meilleure gestion des risques. En parallèle, des indicateurs de résilience de la chaîne de valeur, comme le temps de reprise après incident fournisseur ou la diversification des sources, objectivent la contribution de la fonction achats à la continuité d’activité.

Le deuxième pilier touche au cash et à la trésorerie, sujets particulièrement sensibles pour la direction générale et la finance. La capacité de la direction achats à maîtriser le cash burn procurement, à optimiser les conditions de paiement et à lisser les flux d’approvisionnement devient un élément clé de la valeur entreprise. Sur ce point, un Procurement Operations Manager peut s’appuyer sur une démarche structurée pour maîtriser le cash burn en procurement et sécuriser la trésorerie de l’entreprise, en reliant chaque levier à la stratégie commerciale et au business model.

Le troisième pilier concerne l’excellence opérationnelle des processus achats et leur capacité à soutenir la création valeur. En s’inspirant de la maison du Lean appliquée aux opérations achats, il devient possible de cartographier les activités, d’éliminer les gaspillages et de concentrer les équipes sur les tâches à forte valeur ajoutée pour le client interne et le client final. Une démarche structurée, comme celle décrite dans une analyse sur l’optimisation des opérations achats grâce à la maison du Lean, permet de relier directement l’amélioration des processus à la création de valeur entreprise.

Enfin, la mesure de la création valeur doit intégrer l’innovation fournisseurs et les projets de création d’offres nouvelles. Chaque fois qu’un fournisseur contribue à un nouveau produit service, à une amélioration de la proposition valeur ou à une réduction significative du coût total, cet impact doit être tracé et relié à la performance de la stratégie commerciale. C’est en documentant ces contributions, en les reliant au business model et en les partageant avec la direction générale que la fonction achats consolide son avantage concurrentiel et sa légitimité comme moteur de création d’entreprise offre sur ses marchés.

3 indicateurs prioritaires pour un tableau de bord achats

  • Suivi du coût total de possession et de la marge par famille d’achats.
  • Mesure de la résilience supply chain : temps de reprise, taux de dépendance, diversification des sources.
  • Traçabilité des contributions fournisseurs à l’innovation, aux nouveaux produits services et aux gains de cash.

Faire monter la fonction achats au niveau stratégique : compétences, gouvernance, récit

Accroche : La fonction achats ne devient stratégique que lorsqu’elle dispose des bonnes compétences, d’une gouvernance claire et d’un récit chiffré de sa contribution au business.

Si le discours sur les achats créateurs de valeur reste souvent un slogan, c’est parce que la gouvernance et les compétences ne suivent pas toujours l’ambition affichée. Le Procurement Operations Manager se retrouve alors coincé entre des objectifs de réduction de coûts court terme et une attente diffuse de création valeur, sans cadre clair pour arbitrer. Pour sortir de cette impasse, il faut traiter la fonction achats comme un véritable investissement de création entreprise, avec une feuille de route, des moyens et une gouvernance alignés sur la stratégie globale.

La première rupture concerne les compétences et la formation des équipes achats, qui doivent dépasser la seule maîtrise de la négociation prix. Les acheteurs doivent comprendre le business model de l’entreprise, la stratégie commerciale, la proposition de valeur et les attentes des clients sur chaque marché, afin de traduire ces éléments en exigences vis à vis des fournisseurs. Cette montée en compétence passe par une formation croisée avec le marketing, la finance, les opérations et les services, pour que la fonction achats parle le même langage de valeur client et de valeur entreprise que le reste de l’organisation.

La deuxième rupture touche à la gouvernance et à la place de la direction achats dans les décisions structurantes. Tant que les achats ne sont sollicités qu’en fin de processus, pour « exécuter » une décision déjà prise, la création de valeur achats stratégie restera marginale. En intégrant la direction achats dès la phase amont des projets de création d’offres, des choix de produits services et des décisions de make or buy, l’entreprise se donne la possibilité de concevoir une chaîne de valeur cohérente avec sa valeur proposition et avec ses contraintes de gestion des risques.

Enfin, la fonction achats doit assumer un récit clair et chiffré de sa contribution à la valeur perçue par les clients et à la valeur entreprise. Ce récit ne peut pas se limiter à des pourcentages d’économies, il doit intégrer des exemples concrets de produits services co développés avec les fournisseurs, de risques évités, de marchés gagnés grâce à une meilleure proposition valeur ou de projets de création d’entreprise offre accélérés par un sourcing intelligent. En structurant ce récit autour de quelques axes forts — coût total, résilience, innovation, impact client — la direction achats consolide son avantage concurrentiel et gagne sa place légitime à la table du comité exécutif.

Cette évolution n’est pas un luxe, c’est une condition de survie dans des chaînes de valeur mondialisées, volatiles et sous tension permanente. Les entreprises qui resteront enfermées dans une vision réductrice de l’achat comme simple variable de coûts verront leur valeur client s’éroder, leurs fournisseurs stratégiques se détourner et leur capacité d’innovation se tarir. À l’inverse, celles qui feront de la création de valeur achats une stratégie assumée, mesurée et partagée transformeront leur fonction achats en levier décisif de performance durable et de différenciation sur leurs marchés.

3 priorités pour hisser les achats au niveau du comité exécutif

  • Investir dans les compétences business, data et gestion des risques des équipes achats.
  • Intégrer la direction achats en amont des décisions structurantes (offres, make or buy, choix technologiques).
  • Construire un récit chiffré autour du coût total, de la résilience, de l’innovation et de l’impact client.

Chiffres clés sur la création de valeur par les achats

  • Selon l’étude « Global Chief Procurement Officer Survey 2023 » de Deloitte (2023), plus de 70 % des directions achats déclarent que la réduction des coûts reste leur premier KPI, ce qui montre le décalage persistant entre discours de création de valeur et pilotage réel.
  • Les analyses de performance achats publiées par McKinsey & Company dans « Procurement 2025: The next frontier » (2021) indiquent qu’une approche coût total bien déployée permet en moyenne 10 à 15 % de gains supplémentaires par rapport à une négociation centrée uniquement sur le prix unitaire.
  • Les benchmarks de la fonction achats menés par The Hackett Group dans « CPO Agenda: Expanding Procurement’s Influence » (2022) montrent que les entreprises ayant formalisé une gouvernance fournisseurs de type SRM avancé enregistrent jusqu’à 30 % de projets d’innovation de plus impliquant leurs partenaires stratégiques.
  • Les études sur la résilience des chaînes d’approvisionnement réalisées par le Boston Consulting Group dans « Resilience in Supply Chains » (2020) soulignent qu’une diversification structurée des sources d’approvisionnement peut diviser par deux le temps de reprise après rupture critique chez un fournisseur clé.
  • Les enquêtes menées auprès de directions générales par Accenture dans « The Future of Procurement » (2022) indiquent que lorsque la fonction achats contribue de manière documentée à la valeur client, plus de la moitié des CPO siègent ou sont invités régulièrement au comité exécutif.

Deux études de cas chiffrées

  • Un industriel européen de l’équipement (cas compilé à partir de données McKinsey, 2021) a remplacé une approche centrée sur le prix unitaire par une analyse de coût total sur une famille d’achats logistiques : à spécifications constantes, le coût apparent n’a baissé que de 3 %, mais la réduction des non‑qualités et des retards a généré 9 % d’économies additionnelles et une amélioration de 4 points du taux de service client.
  • Une entreprise de biens de consommation (synthèse de plusieurs cas The Hackett Group, 2022) a mis en place un programme SRM avec ses dix principaux fournisseurs : en trois ans, elle a lancé 25 projets de co‑innovation, dont 8 nouveaux produits services ayant contribué à +2,5 points de marge sur une catégorie stratégique, tout en réduisant de 20 % le risque de rupture sur cette gamme.

Questions fréquentes sur la création de valeur achats stratégie

Comment passer d’une logique de cost killing à une logique de création de valeur achats ?

La bascule commence par l’abandon du pilotage exclusif par les économies unitaires pour adopter une vision coût total, incluant qualité, risques et impact client. Il s’agit ensuite d’intégrer la fonction achats très en amont des projets, afin de co concevoir la chaîne de valeur avec les métiers et les fournisseurs. Enfin, la direction achats doit documenter systématiquement les gains de valeur entreprise et de valeur client, pour légitimer cette nouvelle approche auprès de la finance et de la direction générale.

Quels indicateurs suivre pour mesurer la création de valeur par les achats ?

Les indicateurs clés couvrent le coût total de possession, la contribution à la marge, la réduction des risques supply chain et l’innovation fournisseurs. Il est également pertinent de suivre des KPI de valeur perçue par les clients, comme la qualité de service, les délais ou la fiabilité, en les reliant aux décisions d’achat. Enfin, des métriques de résilience, comme le temps de reprise après incident ou la diversification des sources, complètent le tableau de bord.

Quel rôle pour les fournisseurs dans une stratégie de création de valeur achats ?

Les fournisseurs stratégiques deviennent des partenaires de co innovation, capables de contribuer à la proposition de valeur et au business model de l’entreprise. La direction achats doit donc mettre en place une gestion de la relation fournisseurs structurée, avec des revues de performance partagées et des feuilles de route communes. Cette approche permet de transformer la chaîne de valeur en écosystème collaboratif plutôt qu’en simple succession de contrats transactionnels.

Comment convaincre la direction générale d’investir dans la montée en puissance de la fonction achats ?

La clé consiste à présenter un business case chiffré qui relie clairement les investissements en compétences, en outils et en gouvernance achats à des gains mesurables de valeur entreprise. Il faut montrer comment la création de valeur achats stratégie améliore la marge, sécurise la continuité d’activité et renforce l’avantage concurrentiel sur les marchés cibles. En apportant des exemples concrets de projets réussis et des indicateurs de performance, le Procurement Operations Manager crédibilise la demande d’investissement.

Quelle place pour la formation dans la transformation de la fonction achats ?

La formation est un levier central pour faire évoluer les acheteurs d’un rôle de négociateurs de prix vers un rôle de concepteurs de valeur. Elle doit couvrir la compréhension du business model, de la stratégie commerciale, de la gestion des risques et des techniques d’analyse du coût total. En combinant formations formelles, retours d’expérience internes et co développement avec les métiers, l’entreprise construit une fonction achats capable de porter durablement la création de valeur.